“Bigger than life”.

A l’adolescence, la découverte du mouvement surréaliste, ses écrivains, ses artistes, le romantisme, le symbolisme qui l’ont inspiré m’ont marquée au fer rouge. Le réalisme magique, “l’inquiétante étrangeté” imprègnent mon imaginaire depuis toujours que je le veuille ou non. Les histoires qui m’intéressent, les films que j’ai envie de faire sont le reflet de cet irrésistible penchant. Le monde m’apparaît dans un flou artistique permanent et cela m’inspire des films comme WITZ.

J’aime les idées hors normes, le style et la singularité, j’aime expérimenter, mixer les genres. Les films de Bunuel, Cocteau, Kubrick, Sirk, Hitchcock, tous ces grands créateurs d’univers m’ont donné envie de faire du cinéma. Un cinéma qui s’éloigne des sujets d’actualité, des faits de société au goût du jour, des “grandes causes” de plus en plus instrumentalisées par le buziness pur et dur. J’aime les histoires décalées, les contes. Un fait divers peut m’inspirer mais pour le transcender, le transformer en conte. Chercher un espace de liberté entre la réalité, un genre cinématographique et un propos plus personnel ou philosophique, par le biais de la métaphore, du symbole, me semble d’ailleurs plus pertinent en ce moment. Dire sans dire, susciter la réflexion, réactiver l’imaginaire.

Quand j’étais enfant, les – woman’s film, screwball comedy, comédies de remariage, comédies musicales des années ’30,’40,’50- , les westerns, passaient souvent à la télévision le dimanche après-midi. Je les ai découverts en noir et blanc puis en Technicolor avec ma grand-mère, très cinéphile de ce cinéma-là… J’étais fascinée par ces univers visuels forts, kitschs. Rien à voir avec mon époque, le monde dans lequel j’évoluais au quotidien. Et pourtant je n’avais aucun mal à y entrer. Ces acteurs aux physiques à la fois improbables et magnétiques – pour la plupart déjà morts – me fascinaient dans leurs costumes parfois hallucinants. Joan Crawford, Bette Davis, Rock Hudson, Cary Grant, tous ces fantômes peuplent mon imaginaire depuis…Ce que ça a laissé à la cinéaste que je suis devenue ? Pour moi le style est un passeport pour le rêve. Et tout compte fait, un film n’est rien d’autre qu’un rêve “réalisé”, même s’il s’agit d’un cauchemar.

Ce cinéma américain des années ’30-’50 m’a influencée pour la direction artistique du film, le choix des acteurs, des décors, les costumes. Donner cette touche “Bigger than life”, oser la stylisation m’a semblé plus intéressant qu’au contraire, banaliser et rendre cette histoire bien réelle. C’est un choix de ma part qui peut être discuté, mais que j’assume pleinement. … Il me semblait évident que pour ce film là et sa prémisse improbable, il fallait inventer quelque chose de singulier, pousser le bouchon un peu plus loin, surprendre, quitte à dérouter.

L’étincelle du scénario, c’est la perte du sens de l’humour, perte qui peut être bien réelle chez les cérébro-lésés, mais ça n’a été qu’un point de départ. Un prétexte ludique, surréaliste. Mon intention n’a jamais été d’illustrer cette idée en déroulant un programme de petites scènes démonstratives sur le thème. Il se fait que je fonctionne comme ça, une idée me parle et je l’explore pour trouver pourquoi elle me parle… Finalement, j’ai déployé cette idée de départ pour revenir à des thèmes qui me sont chers. La dépression, le changement de vie, la rencontre qui sauve… WITZ parle de la reconnexion d’une femme blessée avec ses désirs et ses sentiments. Comment survivre aux relations toxiques sans se fermer à tout jamais ? Le rire est social mais aussi intime et spirituel. Quand il est sincère, il nous reconnecte avec ce que nous sommes.

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